Une semaine entre mer et montagne

Après notre périple dans le Verdon l’été dernier, on avait décidé de remettre ça cette année, entre filles et au soleil. Dès le début de l’année, on avait donc fixé la date, et c’est Gaelle qui avait proposé comme destination le Pays Cathare, en s’inspirant du blog de Bertrand, le Braquet de la Liberté. Ça faisait donc plusieurs mois que c’était décidé : en avril, à nous les Pyrénées Orientales !

Le départ est fixé au samedi. Ce matin-là, Gaelle et moi nous retrouvons très tôt à la gare pour prendre un train direction Narbonne, où nous rejoindrons Clémence pour démarrer notre périple. Il fait froid, il pleut, et le soleil n’est pas encore levé ce matin à Lyon. Nous avons hâte de descendre vers le Sud, où la météo nous promet du beau temps. Le but est de pédaler pendant 7 jours, entre mer et montagne, entre côte méditerranéenne et pays Cathare.

Clem à la plage

Les deux premiers jours, nous roulons donc vers le Sud depuis Narbonne, en suivant la côte au plus près. Nous sommes hors-saison, et malgré les vacances scolaires, le bord de mer est assez morne. Le ciel est chargé, on traverse plusieurs villes et villages qui doivent être surchargés en été : Leucate, le Barcarès, Canet-en-Roussillon, Argelès… Les paillotes sont fermées sur les plages, les parcs d’attraction semblent désaffectés, on traverse d’immenses esplanades vides qui deviendront des parkings géants d’ici quelques mois. Alors que l’on s’arrête un midi pour pique-niquer sur la plage de Port Barcarès, on réalise que la mélancolie de ces paysages a quelque chose de languissant et d’apaisant. La mer est belle, le ciel sublime, et c’est un vrai plaisir de rouler en bord de plage. La principale difficulté toutefois consiste à éviter la grosse départementale, unique voie en bord de mer pour les nombreuses voitures. Bien sûr, tous les panneaux de signalisation veulent nous ramener sur la route que nous cherchons justement à éviter à tout prix. Nous nous retrouvons d’ailleurs coincées à un moment, après avoir suivi une route parallèle, forcées à faire demi-tour sur quelques kilomètres. Par chance, nous roulions à ce moment-là en compagnie d’un Suisse de Bâle, à l’allure de Robinson Crusoe, longs cheveux et barbe blanche, sur son vélo chargé de sacoches et de bouteilles de jus d’orange. Celui que nous avons surnommé Robinson nous assure que la meilleure chose à faire n’est pas de faire demi-tour, mais bien de traverser la route pour rejoindre la piste cyclable que nous apercevons de l’autre côté. Un peu hésitantes au début, Robinson nous aide à porter les vélos par-dessus la glissière de sécurité, un à un, et nous crie de traverser au moment, après plusieurs minutes d’attente, où le flux de voitures nous laisse un instant de répit.

Les robinsons de la route départementale
Les robinsons de la route départementale

Nous rejoignons alors l’Eurovélo 8, la véloroute qui relie Chypre à Cadix. Il est alors beaucoup plus facile d’avancer sans se perdre, et sans risquer de se retrouver sur la fameuse départementale. L’EV8 nous permet aussi de faire de jolies rencontres, comme celle de Didier, en vélo couché, qui est parti avec son amie depuis la Savoie pour rejoindre Fez, au Maroc, où se déroule un festival de musiques sacrées. Nous rencontrons aussi Baptiste, un chambérien en route pour l’Espagne, à Tarragone, où il part faire de l’escalade. Nous le croisons à Canet-en-Roussillon, et nous donnons rendez-vous pour le soir-même au camping de Collioure, où il compte faire étape lui aussi.

Un pêcheur qui fait coucou
Un pêcheur qui fait coucou

Force est de constater, au bout de deux jours, que nous sommes extrêmement nulles pour sortir des villes et villages sans se perdre. Pas une fois nous n’arrivons à prendre la bonne direction du premier coup. Ainsi, en sortant du camping de Port-la-Nouvelle le deuxième matin, nous sommes parties d’un coup de pédale assuré, pour nous retrouver, une demi-heure plus tard, après avoir traversé la ville, le port et la plage… devant l’entrée du même camping que nous avions quitté 7 kilomètres plus tôt. Cela nous a valu un bon fou-rire, et c’est à partir de là que nous nous sommes résignées : ne plus jamais se fier à notre sens de l’orientation.

Encore perdues en sortie de village...
Encore perdues en sortie de village…

Le deuxième soir, nous arrivons au camping la Girelle, à Collioure, tenu par France et Pascal, deux anciens lyonnais qui nous accueillent en bord de plage, pour un repos bien mérité après une journée de 93 kilomètres (dont 20 kilomètres inutiles passés à nous perdre). Le lundi matin, nous décidons de ne pas prendre la route tout de suite, pour nous laisser le temps de visiter Collioure. Cette matinée semble placée sous le signe de l’armée, puisqu’en gravissant la montée (très raide) pour sortir du camping et entrer dans la ville, nous entendons soudain des bruits de pas rythmés derrière nous… et je me retrouve poursuivie par un groupe de 20 militaires en entraînement, qui montent la pente en courant… plus vite que moi sur mon vélo. Ils me doublent en courant tout autour de moi, une expérience unique ! À Collioure, nous assistons à d’autres entraînements militaires, comme par exemple une simulation de débarquement sur la plage, impressionnante. Nous voyons aussi tout un groupe se mettre à l’eau, à pied, dans une position étrange, de l’eau jusqu’aux cuisses, semblant tâtonner sur le fond de l’eau. Nous nous rendons compte ensuite que l’un des militaires a perdu ses lunettes (véridique), et qu’ils sont tous à leur recherche. Une matinée assez curieuse donc, mais aussi très agréable dans cette ville magnifique, et bien plus pittoresque que toutes celles que nous avions croisées auparavant le long de la côte.

Les Bikeheureuses à Collioure
Les Bikeheureuses à Collioure

Il est temps ensuite de quitter le littoral pour se diriger vers les montagnes. La transition entre les deux est un peu difficile. Les paysages sont assez monotones, le ciel est lourd ce jour-là, les faux-plats s’enchaînent… jusqu’à trouver enfin une vraie montée en direction du camping de Llauro. La montée est belle, on prend enfin un peu de hauteur, on voit s’éloigner la mer, et le paysage prend une vraie dimension. Enfin arrivées au camping, les gérants nous offrent la « bière du cycliste », qui récompense tous les courageux arrivés jusque là en vélo. Le camping est magnifique, et le froid intense amené par la Tramontane nous permet de rencontrer un couple d’Allemands, qui pris de pitié, nous prêtent un tas de plaids pour la soirée.

En prenant de la hauteur...
En prenant de la hauteur…

La suite du voyage nous promet encore de belles montées, et le lendemain nous réserve la plus difficile, sous un soleil de plomb. Les cyclos rencontrés auparavant avaient eu l’air étonnés et admiratifs lorsqu’on leur avait parlé de notre itinéraire pour la journée, mais nous n’avons compris qu’après pourquoi. Même en pleine montée, nous avons croisé un cycliste hémiplégique, qui pédalait d’une seule jambe, alors que nous avions déjà du mal avec nos deux jambes chacune. Il nous a dit être épaté de nous voir entreprendre cette montée avec autant de bagages. Arrivées le soir au camping, nous nous sommes dit qu’effectivement, si on avait été vraiment conscientes de la teneur de cette montée, on ne se serait sans doute pas lancées. Comme disait Mark Twain : « Elles ne savaient pas que c’était impossible, alors elles l’ont fait ». Bon, on exagère peut-être un peu, mais c’était tout de même la première fois qu’on gravissait 1300 mètres de dénivelée positive en une seule journée, chargées d’autant de bagages. Le soir, après plusieurs déconvenues de restaurants fermés à Sournia, nous finissons par manger dans un village vacances, en compagnie d’un groupe 3ème âge, et rentrons nous coucher au camping municipal.

Petit-déjeuner au lever du soleil
Petit-déjeuner au lever du soleil

Les paysages que nous croisons sur cette section du parcours sont souvent sublimes : la Clue de la Fou, les Gorges de Galamus et leur ermitage, le pic de Bugarach… Vous connaissez certainement le nom de ce village d’ailleurs, puisque d’après certains, c’est l’un des seuls qui devait être épargné par la fin du monde de décembre 2012. Du coup, beaucoup de gens disons un peu différents se sont installés dans le coin à cette période, et y sont restés depuis. Ils sont venus s’ajouter à d’autres hippies venus plus tôt chercher ici les propriétés telluriques particulières que l’on prête à ce lieu. Il faut dire que le village et ses environs sont magnifiques. Quelques kilomètres plus loin, à Rennes-les-Bains où nous faisons étape pour une nuit, nous nous installons au bar du village pour boire un verre. Et nous avons là un échantillon assez caractéristique d’une partie de la population locale. Un homme d’un certain âge, en van Volkswagen, vêtu d’un jean coupé aux genoux, d’un débardeur peace and love, et d’un bandana dans les cheveux. Une femme cherchant une voiture prête à l’emmener au pic de Bugarach, où elle souhaite se rendre pour la pleine lune pour une « expérience initiatique ». Cette soirée restera sans aucun doute gravée dans nos mémoires !

Le lendemain matin, forces telluriques ou pas, il nous faut plier les tentes sous la pluie, et repartir sans traîner. Après une journée entière à pédaler sous la pluie, nous arrivons à Carcassonne le sixième jour. Trempées jusqu’aux os et fatiguées par le bruit de la pluie sur nos capuches, nous décidons de prendre une chambre d’hôtel, ce qui nous permet de faire sécher nos affaires, et de nous poser au sec. Le soir, après une balade nocturne dans la Cité de Carcassonne et un bon cassoulet, c’est un vrai plaisir de se glisser dans des draps secs.

Gaelle dans les Gorges
Gaelle dans les Gorges
Trempées à la Cité !
Trempées à la Cité !

Dès le lendemain matin, le soleil est de retour, et nous terminons notre périple le long du Canal du Midi, sur des sentiers étroits et peu carrossables, mais jolis, où nous saluons les plaisanciers en péniche. Les villages sur cette section du canal sont pour la plupart magnifiques : Argens Minervois, Roubia, Paraza, Ventenac-en-Minervois, en finissant par le Somail, où nous découvrons une librairie de livres anciens : « Aux 50 000 Livres« , un lieu immense et un peu fou avec des livres du sol au plafond. Ainsi qu’une épicerie flottante où nous faisons le plein pour nos derniers repas des vacances. Car dès le lendemain, il est déjà temps de rouler vers Narbonne. Après un dernier déjeuner dans les très belles halles de la ville, il faut déjà reprendre le train pour rentrer. Jusqu’aux prochaines vacances ?

Carte :

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